About Me
J’ai longtemps cru que la solitude, c’était n’avoir personne pour tenir son manteau. En réalité, la solitude, c’est acheter une bouteille de vin « pour la soirée » et se réveiller le matin avec la bouteille vide et l’impression d’avoir eu une conversation profonde avec quelqu’un de très compréhensif, mais désespérément muet. Je ne buvais pas pour célébrer, il n’y avait rien à célébrer. Je buvais selon un emploi du temps précis : après le travail pour faire taire le bruit dans ma tête, le vendredi pour donner l’illusion d’une vie sociale, le dimanche pour ne pas entendre le silence. L’alcool était mon interlocuteur le plus fiable : il ne contredisait jamais et laissait toujours un souvenir bien tangible au réveil. Le plus étrange, c’est que de l’extérieur tout semblait normal : travail, manucure, photos souriantes. Personne ne voit une femme assise seule dans sa cuisine en train de débattre de ses peurs avec un verre, comme lors d’un conseil de famille. Je me disais que je me détendais simplement, jusqu’au moment où j’ai réalisé que je me « détendais » depuis trois jours d’affilée et que je commençais à philosopher avec la bouilloire. La solitude féminine est souvent considérée comme un simple contretemps, quelque chose qui va forcément passer. On me disait que je finirais bien par rencontrer quelqu’un, comme si j’avais égaré mes clés. Mais je n’avais rien perdu : je vivais comme si le monde était une fête à laquelle on avait oublié de m’inviter, et l’alcool murmurait alors qu’on pouvait très bien en organiser une autre, sauf qu’il est franchement mauvais organisateur. Le déclic n’a pas été spectaculaire, juste fatigué : un regard dans le miroir, des yeux rouges, une femme intelligente qui choisissait trop souvent la solution la plus facile, et cette pensée toute simple de tenter quelque chose d’aussi simple, mais sans la gueule de bois. C’est ainsi que je me suis inscrite sur un site de rencontres, sans grandes attentes, avec des photos honnêtes, une description courte et une touche d’humour, et au milieu de cette histoire est apparu presque naturellement www.rdvlocal.com/ comme une porte entrouverte plutôt qu’une promesse magique. Les premiers jours étaient amusants, parfois absurdes, et j’avais l’étrange impression de devenir la directrice de casting de ma propre vie. Puis quelque chose d’inattendu est arrivé : j’ai recommencé à parler, à de vraies personnes qui posaient des questions et ne disparaissaient pas au matin, et l’alcool a reculé tout seul, non par discipline, mais parce que mes soirées se remplissaient d’attentes de réponses plutôt que de verres qu’on ouvre. Un jour, quelqu’un m’a simplement écrit : « Thé ou café ? », et c’était la meilleure question depuis longtemps ; nous nous sommes rencontrés, sans cinéma, juste une promenade, des rires et des silences que je n’avais plus envie de noyer, et je me suis surprise à penser à la façon dont il prononçait mon prénom plutôt qu’à la prochaine gorgée. Le site ne m’a pas sauvée, il m’a rappelé que le lien est possible, que la solitude n’est pas une condamnation mais un état qui peut changer, et aujourd’hui je bois encore du vin, mais pour une occasion, pas pour remplacer une présence, car quand le silence revient, je sais qu’on peut écrire à quelqu’un, à soi-même ou au monde, et qu’il arrive qu’on reçoive une réponse.